Jbis adeliae (TA 60)

22 janvier 2011

The end

Photo #1 : aujourd'hui. Dans le blizzard, les poussins se sont laissés recouvrir de neige humide...

samedi 22 janvier 2010, 15h.

  C'est dans le vent et la neige que se termine notre belle aventure. En effet, ce matin, nous avons eu droit à un beau blizzard, d'une intensité plus vue depuis fin novembre (!) : 140 km/h et une visibilité inférieure à 100m. Le départ du bateau, initialement prévu pour ce soir, est pour le moment décalé à demain dimanche -- pour cause de mauvais temps. Les malles sont terminées. Quelques affaires (dont mon PC) sont encore à ranger. On imprime quelques dernières indications pour le voyage, on transfère les dernières photos. Dans les cœurs, c'est un bouillonnement de sentiments divers. Tantôt tristes, nostalgiques, parfois énervés, tantôt joyeux, enthousiastes et plein d'une énergie et d'un élan plus ressentis depuis un an. On regarde les paysages avec une intensité particulière. Les manchots nous semblent déjà d'anciens compagnons. On est déjà un peu déjà partis.


Difficile de se sentir cependant pour le moment réellement en vacances tellement la Tasmanie et l'Australie se présentent comme des étapes naturelles sur la route du retour et non une escapade à part, un détour. Presque impossible de réaliser que dans une semaine, je serai de retour à Hobart. Bref, comme vous l'aurez compris, c'est la pleine confusion des sentiments. Je partage complètement ce qu'a dit Isabelle en commentaire à mon précédent billet : ce sera une fois de retour qu'on réalisera vraiment ce qu'on a vécu et le caractère tout à fait exceptionnel de cette année hors de tout ou presque.


A voir le bateau au quai, des images de pleine mer me reviennent. La mer énorme, les embruns, la fraîcheur du vent sur les joues, les oiseaux volant en tous sens... Après treize mois sans les voir, j'ai de nouveau rendez-vous avec les albatros, les prions, les puffins de l'océan Austral !


Plutôt que de tenter de résumer ce qui ne peut évidemment pas l'être, j'aimerais en guise de conclusion remercier toutes les personnes qui m'ont laissé des petits mots tout au long de ce blog, et plus particulièrement :


- à Corynn : sans doute la lectrice la plus fidèle et la plus active sur le blog ! Merci beaucoup pour tous les messages que tu as régulièrement postés !


- aux parents de mes camarades, Veronimo, Isabelle, Françoise et Jean,


- à la famille et aux amis, que j'aurai le plaisir de revoir en 2011 !


- à Alain, Marmouille et Jean-Claude.


 Tenir ce blog aura été l'occasion de partager avec mes proches -- mais aussi avec tous les curieux qui sont venus s'ajouter au fil de l'année -- une partie de ce que j'ai vécu ici, la partie "publique". J'ai hâte de raconter de vive voix à mes amis et à ma famille l'autre partie, celle qui ne s'expose pas sur les réseaux informatiques...


 A bientôt pour d'autres aventures !


Jean-Baptiste, de retour en France le 31 mai !

Photo #2 : aujourd'hui. Un joli collier de neige...

Photo #3 : aujourd'hui. Nourrissage par 100 km/h de vent : pas facile !

Photo #4 : aujourd'hui. L'union fait la force ! Les poussins commencent à former des crèches de 4 à 10 individus pour se protéger du froid et de la neige lorsque les deux parents sont partis se nourrir en mer...

Photo #5 : aujourd'hui. L'événement de la semaine côté paysage a été le chamboulement du glacier : la langue a avancé de plus de 150 mètres en l'espace de quelques minutes mardi soir. Glissant dans la mer, elle a été stoppée par le berg que l'on voit sur la photo. Par ailleurs, une partie du glacier s'est détachée, d'environ 200 mètres par 100 mètres, pour par moins de 40 mètres de hauteur au-dessus du niveau de la mer. Elle s'est ensuite rapidement retournée dans un fracas monumental, provoquant un mini-raz de marée qui a cassé ce qui restait de banquise homogène au sud de l'île. Ça bouge !

Photo #6 : aujourd'hui. Quoi de mieux pour une dernière photo qu'un portait de famille ? À bientôt ! JB.

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16 janvier 2011

En sursis

Photo #1 : jeudi, 08h30. Nous entamons la longue route. La visibilité est encore bonne. Nous nous suivons à bonne distance, à quelques 12 km/h.

Samedi 15 janvier, 16 heures.


  Avant-dernier samedi sur la base sous probablement mon dernier catabatique. Difficile de décrire l'état d'esprit dans lequel je suis en ce moment : beaucoup de nostalgie, un gros pincement au cœur. J'essaie de ne pas trop faire de sentimentalisme quand-même. Cette aventure Adélienne n'avait de sens que si elle comprenait ces jours suspendus d'ici 8 à 9 jours. Je repense aux premiers billets de l'été dernier : difficile de bien comprendre le remue-ménage qui se passe en moi et de bien comprendre les "giclées" d'émotions, souvent contradictoires, qui me traversent.

Jeudi dernier, une poignée des hivernants de la 60 a eu la chance de participer au pré-acheminement de carburant en vue du raid, qui lui est parti ce matin. Qu'est-ce donc, qu'un pré-acheminement ? C'est le transfert de 150 mètres cubes de kérozène à quelques 60 kilomètres à l'intérieur du continent, sur la route de Concordia. Une sorte de station-service temporaire sur la route. Cela permet également de délester le convoi lors de ces 60 premiers kilomètres (sur 1300) bien raides, durant lesquels plus du tiers du dénivelé est avalé -- pas moins de 1260 mètres. Nous sommes ainsi partis de la base Prud'homme vers 08h avec une sorte de grosse déneigeuse et 5 challengers pour environ 5 heures de montée à l'assaut des pentes du continent. Après plus d'un an à le regarder chaque jour, nous y étions enfin ! La mer n'a rapidement été plus qu'un souvenir derrière nous. Place à l'empire du blanc. Que du blanc, et du vent ! Sans doute autour de 80-90 km/h de vent catabatique alors que DDU était dans le calme quand nous sommes partis. Une bien belle escapade, très attendue pour ma part. Que d'émotions quand nous sommes arrivés au point du départ du raid, le lieu atteint au cours de mon périple Adélien le plus proche du pôle ! Nous ne nous sommes pas attardés au vu des conditions et avons dévalé la pente à pas moins de 18 km/h, avec quelques pointes jusqu'à 25 km/h, à fond de 10ème !

A part ça, les malles se font doucement, mon rapport annuel est quasiment ficelé. Les Empereurs sont tous partis. Les poussins Adélie atteignent 1kg et ressemblent à des poires, de petites montagnes sur pattes. Les 61 sont au complet et débordent de dynamisme et d'enthousiasme. L'heure des vacances a quasiment sonnée !

Photo #2 : jeudi 13. Les cirrus créent un halo très intense autour du Soleil.

Photo #3 : jeudi 13, 13h36. Nous sommes arrivés. Le vent catabatique souffle en violentes bourrasques et soulève un intense chasse-neige, dont nous n'avions plus vraiment l'habitude. Nous voici de nouveau plongés dans l'hiver Antarctique !

Photo #4 : jeudi 13, 13h44. Les machines sont recouvertes d'une gangue de glace, due à toute la neige en suspension dans l'air.

Photo #5 : jeudi 13, 13h45. J'immortalise le point GPS le plus au sud de ma jeune vie, tout de même éloigné du pôle Sud de quelques 2550km...

Photo #6 : Jeudi 13, 13h50. Heureux comme un gamin !

Photo #7 : Jeudi 13, 16h45. Sur la route du retour, des altocumulus orographiques font leur apparition. Ils signalent la présent d'ondes se formant au-dessus du flux catabatique de Sud.

Photo #8 : jeudi 13, 16h45. Arrivés au point "D24", à environ 650 mètres d'altitude, la mer fait son apparition sur l'horizon ! Irréel, magique !

Photo #9 : lundi 10. Les poussins sont désormais bien dodus, leur duvet leur confèrent une silhouette encore plus ronde.

 

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03 janvier 2011

Ca sent la fin !

Photo #1 : 15h07. Le bateau est sorti de la large bande de pack au large et louvoie entre les bergs...

lundi 03 janvier 2011, 17h30.

  Avec deux heures d'avance sur l'horaire prévu, le bateau est entré dans le chenal du Lion pour la deuxième fois cette "année". L'arrivée du bateau est toujours un événement qui focalise l'attention de toute la base mais cette fois-ci, c'est -- à titre personnel -- du sérieux : il ne repartira pas d'Antarctique sans nous autres 10 hivernants sortants prévus pour repartir à R2, dans 20 jours -- Sophie, Marion, Jean, Baptiste, Bob, Alain, Jacques, Clément, Michel et moi-même.


En attendant, profitons au maximum de ces trois dernières semaines sur le caillou, et des petits nouveaux avec qui nous vivrons d'ici le départ !

Photo #2 : 15h21. Le bateau file plein gaz direction l'île !

Photo #3 : 15h24. L'Astro s'engage dans le chenal pour la traditionnelle manœuvre un peu technique conduisant au quai du Lion.

Photo #4 : 15h28. Le quai est en vue.

Photo #5/5 : Et pendant ce temps, sur l'île des Pétrels...

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02 janvier 2011

2010/2011


dimanche 02 janvier 2011, 14h

  2010 s'est envolée, place à 2011 et à son lot de surprises et de joies pour tous ! Nous voici désormais sur la pente -- pas si douce -- qui nous conduit tout droit sur un bateau rouge et blanc, en direction de là où notre vie va continuer : l'Australie. En attendant, nous avons célébré comme il se doit cette sublime année que fut 2010 et toutes les promesses que contient 2011 vendredi soir et samedi matin, tous ensemble, au séjour, mais aussi dans les divers bâtiments de la base à la recherche des quelques personnes qui ont souhaité momentanément s'isoler, pour leur signifier que l'on pensait bien à elles aussi !


Aujourd'hui, nous avons profité de notre premier barbecue de l'année, sous un franc Soleil. Dans l'après-midi, quelques uns ont décidé d'aller se baigner. Bon courage à eux. Je serai de l'autre côté du quai cette fois-ci. Pas fou : une fois, ça suffit !


Le bateau est attendu pour demain soir. L'heure est déjà au remplissage des malle et au rapatriement des photos des uns et des autres, à conserver précieusement. C'est aussi le moment de concrétiser ce que l'on entrevoit : fixer pour de bon les grandes étapes du voyage en Australie, déposer ma demande de dispo. 2010 était l'année de la certitude et de la sécurité : pas de question à se poser. 2011 contrastera assez sérieusement de ce point de vue. Où serai-je en décembre 2011 ? Sur quel continent ?

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28 décembre 2010

Et la banquise fut...

Photo #1 : mercredi 22 décembre. Derrière les bergs du glacier, un pack très dense s'accumule depuis des jours. De notre côté, l'eau est quasi-totalement libre.

mardi 28 décembre 2010, 22h.
 
  Une nouvelle semaine de passée depuis mon dernier billet. Noël a jailli dans nos vies, de manière bien impromptue. J'ai pour ma part largement plus profité que l'an passé de cet événement sorti de nulle part et ai moins été affecté de l'éloignement de mes proches, qui m'ont bien sûr beaucoup manqué et à qui j'ai énormément pensé. Le courrier reçu quelques jours auparavant par R1 et les cadeaux préparés ont été pour beaucoup pour maintenir l'état d'esprit au beau fixe lors de ces deux jours de fête ! Une bien belle célébration, très festive et joyeuse, dans un très bon esprit comme toujours à DDU !

J'ai eu par ailleurs la chance de pouvoir participer à trois manip' ornitho dans les quelques jours autour de Noël : contrôle de nids de skuas, de manchots Adélie et de pétrels des neiges. Autant d'occasions de profiter d'un peu plus près qu'à l'accoutumée de nos fantastiques voisins. Je pense que vous craquerez comme moi quand vous verrez les photos !


Depuis, la vie a repris son rythme assez tranquille. Je suis surpris d'ailleurs du calme relatif qui règne en ce moment sur la base, alors que dans mon souvenir à la même époque l'an dernier, c'était l'effervescence quotidienne... Bizarre.


Côté logistique, le raid est bien arrivé à temps pour célébrer Noël au chaud ! Le bateau repart quant à lui demain matin de Hobart. Cette fois, c'est la bonne : il ne repartira pas d'Antarctique sans nous (!). Nos camarades partis à R1 en ont eu quant à eux pour leur argent : cinq jours de houle de folie. Tous calés au fond de leur banette, ils ont même été privés de réveillon de Noël... Ils devraient s'en souvenir ! Didier et Jean-Paul mes collègues météo sont à l'heure où j'écris dans l'avion, en direction de leurs familles respectives pour fêter le nouvel an. Claire, Adri et Nico vont débuter leur vadrouille en Tasmanie !


Ah oui ! L'événement du jour c'est bien sûr ça : notre banquise, agonisante, a été fermée à toute circulation cet après-midi même. La fin de 9 mois de balades, petites ou au long cours. La fin des visites à la manchotière. De très larges zones sont désormais en eau libre à l'intérieur même de ce qu'il reste de glace de mer. Bientôt, l'eau sera présente partout autour de l'île. Étrange vision que la baignade des manchots là où des véhicules de plusieurs tonnes passaient quelques semaines en arrière !


Pour ma part, je ne sais pas si c'est le contre-coup de Noël, l'absence de nos amis repartis à R1, la fermeture officielle de la banquise ou mon prochain départ, mais le moral est un peu moins bon que d'habitude. Point d'inquiétude, il paraît que c'est normal : le moral des hivernants sortants connait des hauts et des bas. Je crois que j'ai aussi besoin de repos. Mais comment se décider à aller se coucher tôt alors qu'un spectacle tel que le coucher de Soleil qui se déroule sous mes yeux en ce moment-même nous éblouit de tant de pureté ?

Photo #2 : mercredi 22 décembre. Les manchots se reposent sur les bergs qui traînent autour de l'île.

Photo #3 : mercredi 22 décembre. Bien caché dans les rochers, le nid d'un skua fait l'objet d'un contrôle par Sophie, l'ornitho de la 61. En retrait, j'en profite pour prendre en photo cette petite boule de duvet !

Photo #4 : dimanche 26 décembre. Les manchots Adélie, comme vous le savez, pondent un ou deux oeufs. Ici, le manchot est tout juste hors champ. Il lui arrive en effet de s'éloigner de quelques centimètres histoire de donner un peu d'air frais aux oeufs, mais pas trop loin non plus pour ne pas se les faire piquer par les terribles skuas qui rodent. Et là : oh surprise ! Mais qu'est-ce qui dépasse de la coquille de l'oeuf de droite ? Un petit bec ! Et oui, c'est bien un poussin qui est en train de sortir !

Photo #5 : dimanche 26 décembre. Sur un nid voisin, le premier des deux poussins est né ! Son parent veille jalousement sur lui !

Photo #6 : dimanche 26 décembre toujours. Une lourde charge incombe désormais aux parents : nourrir leur insatiable progéniture !

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21 décembre 2010

Solstice

Photo #1 : mardi 14 décembre. Sortie à la manchotière dans les couleurs du soir. Les poussins sont en pleine mue et offrent ainsi chacun un aspect original !

mardi 21 décembre 2010, 18h50.

 Une rotation, c'est une sorte de croisée des chemins de personnes qui ont en commun la chance de venir en Antarctique, le temps de quelques semaines ou de plus d'une année. Cette rotation a essentiellement eu pour décor le quai de l'abri côtier, ensoleillé pour l'arrivée de nos remplaçants mercredi dernier, sous de gros nuages gris pour le départ de quelques uns de nos camarades samedi soir. Et en nous, un état d'esprit à l'avenant.


L'arrivée du bateau était synonyme de fruits et légumes frais (les premiers depuis février !), de nouvelles personnes à découvrir, d'un nouvel élan dans un séjour qui mine de rien s'étire. Ce fut ainsi avec une grande joie que nous avons accueilli bon nombre de nos successeurs. A la station, c'est désormais une nouvelle équipe qui est aux affaires, avec à sa tête Arnaud, mon successeur, que je connais bien pour avoir passé deux ans avec lui à l'école, entre 2004 et 2006.

Nous avons comme il se doit marqué le coup pour à la fois l'arrivée de nos nouveaux camarades et le départ de nos 8 co-hivernants, par une grosse fête au séjour vendredi soir. Joie parfois un peu forcée, tristesse souvent à peine cachée, marques d'affection. Des liens forts se sont créés au cours de l'année entre nous. Je m'étais mine de rien largement habitué à la présence quotidienne et bien agréable de quelques uns de nos compagnons. Samedi soir, l'ambiance était ainsi bien pesante au moment du départ, les regards humides, les esprits traversés de mille pensées contradictoires. Ca ressemblait fort à la fin d'une aventure, au dénouement d'une pièce, tantôt dramatique, tantôt policière, tantôt comique, que nous avons vécue tous ensemble, un an durant.


Désormais, la base est "dominée" par les 61 en nombre -- et en dynamisme. Un symbole : l'émission radio "Skuarock" a fêté sa 300ème et dernière édition lundi 13 au séjour. Nous avons retracé durant plus d'une heure l'histoire de l'émission, repassé quelques bons moments et nous nous sommes remémorés les "délires" autour desquels nous avons tant rigolé durant l'hiver. Désormais, le 88FM est orphelin de cette émission. Espérons que les suivants sauront raviver la flamme, à leur manière !


Notre environnement change rapidement : le glacier est en train de s'effondrer et de larges ouvertures sont désormais visibles. Les bergs de la mission prochaine sont sur le point de se former ! Quant à la banquise, elle vit ses derniers jours. De larges flaques freinent nos balades et nous nous restreignons à quelques itinéraires de plus en plus réduits. D'ici quelques jours, il faudra dire adieu à nos visites régulières à la manchotière !


Côté logistique, le bateau filait ce soir plein Nord au large de Commonwealth Bay, où il a déposé hier nos collègues Australiens à Mawson's hut. Le raid descend quant à lui à folle allure les pentes du continent -- à environ 160 km par jour -- et nous espérons bien le revoir d'ici la fin de semaine, pour que nous puissions passer Noël ensemble !

Photo #2 : mardi 14. Coucher de Lune sur le continent.

Photo #3 : mardi 14, en journée. Soleil radieux sur la mer Dumont d'Urville, parsemée d'un pack très lâche et d'immenses bergs.

Photo #4 : mardi 14. Surprise au retour de la balade : un juvénile (né l'an dernier) de manchot Adélie est présent sous le dortoir été !

Photo #5 : Mercredi 15. Au matin, la brume est bien visible sur la mer et offre des vues extraordinaires sur les bergs, pourtant si familiers.

Photo #6 : Mercredi 15. 10h. Le bateau est annoncé à quelques encablures de DDU. Le grand jeu est de le deviner dans le brouillard bien présent au large.

Photo #7 : Mercredi 15. 11h. Le bateau émerge du brouillard qui se lève. Vision sur-réaliste et pourtant si attendue...

Photo #8 : Mercredi 15. Manoeuvre pour entrer dans le chenal. Les premières trombines sont reconnaissables.

Photo #9 : Mercredi 15. Le brouillard quitte DDU. Phénomène exceptionnel, puisqu'il arrive en moyenne moins d'une fois par an, il marquera l'arrivée de nos successeurs.


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10 décembre 2010

Un an !

Photo #1 : 1er décembre. Les poussins ont pris des proportions impressionnantes. Les voir pourchasser leur parent pour quelques béquées est amusant.

vendredi 10 décembre 2010, 11h.

 Un an. Je vis aujourd'hui le dernier jour de l'année que je n'avais pas encore vécu à DDU. De ce point de vue, la boucle est bouclée. Tout un cycle de reproduction de nos compagnons à plume et à poils, le cycle complet -- si marqué -- des saisons, l'embâcle et la débâcle de la banquise.


La sensation est d'autant plus marquée que nos successeurs sont déjà en route : ils ont quitté Hobart hier matin à bord du fameux Astrolabe. Tout ceci me replonge fatalement dans mon propre voyage d'il y a un an, coloré d'un enthousiasme à tout rompre et d'une folle envie de découverte et de grand air.


Les camarades programmés pour partir par cette prochaine rotation sont bien occupés à constituer leur malles et mettre en ordre leurs chambres, qui seront immédiatement occupées par les suivants. Je vais pour ma part également laisser ma chambre simple pour occuper une chambre à deux, le temps des dernières semaines entre R1 et R2. J'ai donc commencé mes malles. Le symbole est fort et je me sens déjà un peu détaché du rocher, commençant à me faire ballotter tranquillement par le courant -- à l'instar de notre banquise, qui n'a plus bien fière allure. Le passage en direction de la base Prud'homme a été largement réduit par la tempête qui nous a concernés hier. Nos balades vont donc rapidement se limiter à la simple manchotière. Encore que... Nous assistons en effet cette année à un comportement semble-t-il atypique de nos compagnons à plume. Le groupe s'est scindé en deux : l'un est parti à environ un kilomètre sur la banquise en direction de Prud'homme, l'autre est monté sur le continent -- se jouant des multiples crevasses de cet endroit particulièrement dangereux.


Du côté de l'animalerie, les choses se poursuivent à une vitesse folle. Les femelles -- qui ont pondu autour de la mi-novembre et sont directement parties se nourrir -- sont déjà revenues pour une large part et ont relevé sur le nid les mâles qui jeûnaient depuis plus d'un mois. La saison de reproduction s'annonce très moyenne : bien que l'eau libre soit directement au pied des îles, les grosses quantités de neige qui ont mis du temps à fondre fin novembre-début décembre ont compromis le développement des œufs, qui ont besoin d'un terrain sec pour être à la bonne température. Je rend très régulièrement visite à mes petits favoris, deux à Antavia, deux à Chantal, un sous le magasin général et un devant le séjour. Pour l'instant, tout se passe bien pour ces six couples. Je croise les doigts ! Concernant les autres espèces, on a eu droit à de gros passages de pétrels Antarctiques : plus de 80 avant-hier, au moins 250 hier -- sans doute des centaines -- sont passées à moins de 50 mètres de ma fenêtre pendant que je faisais du rangement. C'est très certainement l'une des choses qui me manqueront le plus quand je serai parti : la possibilité de voir les oiseaux évoluer à quelques mètres. Je serai sans doute surpris durant un temps des distances de sécurité que choisissent les oiseaux de l'autre côté de l'océan...

En attendant, encore plus de 40 jours de joies et de découvertes m'attendent sur notre petit rocher au milieu de l'eau !

Photo #2 : 1er décembre. Les deux symboles de la Terre Adélie : la manchotière et la base...

Photo #3 : 1er décembre. La banquise commence à prendre l'eau par endroit : de nombreuses mares apparaissent de ci delà et regèlent la nuit.

Photo #4 : 3 décembre. Les poussins commencent sérieusement à muer pour bon nombre d'entre eux, dont celui-ci. A droite un adulte !

Photo #5 : 3 décembre. Le maître incontesté des lieux reste néanmoins le manchot Adélie, omniprésent et qui crée à lui seul une bonne partie de l'ambiance dans l'archipel !

Photo #6 : 1er décembre. Le dégel !

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02 décembre 2010

60 moins 2

Photo #1 : 20 novembre. L'avion est arrivé depuis deux heures. Je profite d'une petite pause pour photographier les pétrels des neiges qui volent devant la station météo.

mardi 30 novembre 2010, 19h.

C'est sous un Soleil radieux que je vous écris ce billet. C'est maintenant le plein été ici avec des températures comprises entre -8 et 0°C et la neige qui fond partout. A voir le temps qu'il fait en métropole, on est plutôt bien lotis ! Encore que j'aime bien la neige... :-) Les images que j'ai reçues d'Orléans sont vraiment spectaculaires et invraisemblables pour une fin novembre !

Un deuxième hivernant, Benoît, a quitté DDU pour rejoindre, comme Gillou, la base franco-italienne de Concordia. Benoît prendra, lui, le chemin des écoliers en participant au premier des deux raids terrestres -- 12 jours au moins de voyage pour parcourir 1300km, à 11 km/h de moyenne -- qui devrait partir demain.


Nous sommes désormais une cinquantaine sur la base, qui a donc retrouvé les dehors qu'elle avait quand je l'ai découverte il y a quasiment un an. J'ai profité de l'occasion pour relire le billet que j'ai écrit il y a exactement un an, le 30 novembre 2009, la veille de mon envol pour Hong Kong. Comme souvent en tel cas, ça me semble à la fois très lointain au regard de l'avalanche d'expériences vécues depuis, et à la fois très proche dans le sens où la fraîcheur des sentiments qui m'animaient n'a été en rien altérée par ces douze mois d'isolement.


L'arrivée du bateau est prévue dans deux semaines, mardi 14. Nos successeurs seront alors là, et un bon nombre de mes camarades -- Claire, Adrien, Nico, Michel, Jean-Pierre,  Jean-Paul, Didier, Gurvan, notre dista -- seront sur le point de se faire la belle. On ne veut pas trop y penser pour le moment, mais je pense que c'est un événement qui va sacrément nous secouer. Tellement de choses vécues avec certains, de découvertes, de joies, de peines...

Tous ces événements nous projettent fatalement dans l'après-DDU. Nous commençons sérieusement à penser au (long, en ce qui me concerne) voyage retour. Le simple mot "Australie" brille à mes yeux comme un eldorado; un immense paquebot qui nous attend juste là, tout au bout de la mer. J'y pense souvent quand je regarde l'horizon Nord-Nord-Ouest. La campagne d'été nous a offert l'immense joie de rencontrer de nouvelles personnes. R2 nous procurera le plaisir indicible de prendre enfin un peu de repos. Souffler. Un hivernage fatigue, à n'en pas douter.


Ceci étant dit, cette fatigue n'est déjà plus grand' chose chaque fois que j'ouvre la porte et qu'alors je vois le continent, les bergs qui se reflètent dans la mer, les îles où j'ai tant aimé aller me balader. Quand les océanites, les pétrels des neiges, les fulmars me survolent. Quand le ciel s'embrase au couchant. Quand je réalise le privilège de pouvoir vivre dans un tel environnement.

Photo #2 : 20 novembre. Pétrel des neiges à proximité de son nid.

Photo #3/10 : dimanche 21 novembre. Le Soleil brille sur DDU !

Photo #4 : 21 novembre. Les mâles de manchots Adélie sont désormais souvent seuls sur leur nid. Leur femelle a pondu un ou deux oeufs et est partie se nourrir pendant que les vaillants mâles continuent leur long jeûne et couvent patiemment en attendant le retour de leur belle...

Photo #5 : 21 novembre. Certains mâles sont cependant toujours en phase de construction de leur nid et transportent des cailloux, parfois incroyablement gros !

Photo #6 : 21 novembre. Un pétrel des neiges vient s'abreuver au bord de la banquise...

Photo #7 : 21 novembre. Un Empereur rejoint quant à lui la "terre" ferme au retour d'un de ses voyages alimentaires. Et ça ne passe pas inaperçu !

Photo #8 : 23 novembre. Vue depuis la base Prud'homme sur le continent.

Photo #9 : 29 novembre. Visite à la manchotière. Les poussins sont désormais énormes. Ils pèsent en moyenne 18 à 20 kg et commencent à perdre leur duvet.

Photo #10 : 30 novembre. Et pour finir ce petit panorama animalier, un tout jeune phoque de Weddell se repose sur la banquise...

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20 novembre 2010

60 moins 1

Photo #1 : mardi 16 novembre 2010. Un avion survole le continent, mettant fin à notre hivernage prolongé.

vendredi 20 novembre 2010, 10h.

  Quatrième jour de la campagne d'été. Un nouvel avion est prévu en provenance de Terra Nova Bay, nous amenant une nouvelle fournée de campagnards d'été et quatre hivernants supplémentaires de la "61". Nous serons bientôt plus de 50 sur base donc. Du côté des départs, notre second-centrale Gillou nous a quittés il y a une heure, direction Prud'homme puis Terra Nova Bay avant de rejoindre ses quartiers d'été à la centrale du camp d'été de Concordia. La "60" n'est donc plus au complet. Depuis le temps que c'était prévu, je ne dirais pas que ça fait un choc. Un petit pincement au cœur néanmoins que de le voir partir sur le "Morooka" pour la suite de ses aventures.


Pour revenir sur les jours passés, la semaine a été des plus agitées. Depuis l'arrivée de l'avion de mardi, nous avons en effet subi tempêtes sur tempêtes : 156 km/h mercredi, 153 km/h jeudi, 113 km/h hier et encore 118 km/h ce matin ! Notre nouvelle venue, Françoise, en a été pour son compte ! La banquise a continué à se fragmenter et l'eau libre est désormais présente devant la base Prud'homme, au pied de quasiment toutes les îles de l'archipel.


Côté faune, les couples d'Adélie sont nombreux désormais à couver au moins un oeuf et bon nombre de femelles sont déjà en mer pour se nourrir, après ces quelques semaines de jeûne. Et puis, comme vous avez pu le voir avec le billet de mardi, un jugulaire a choisi de s'installer sur Lamarck (!). Il constitue petit à petit son nid, au beau milieu d'Adélies incrédules... Une belle surprise. La cerise sur le gâteau serait l'arrivée (certes improbable) d'une femelle pour que nous assistions à une nidification. On peut rêver.


A part ça, hier, j'ai fêté le premier anniversaire de mon doctorat. Un peu étonnant de me remémorer ces instants fatidiques qui font partie de mon histoire, qui me semble si lointaine déjà... Tant de choses se sont passées depuis !


Voilà pour les nouvelles. Plus qu'un peu plus de deux mois à vivre ici. Départ prévu sans doute vers le 25 janvier. Et tant de choses à vivre encore !

Photo #2 : lundi 15 novembre 2010. La vedette du moment s'expose, sous la neige.

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La promesse d'une nouvelle ère

Photo #1 : lundi 15 novembre 2010. Photo de la vedette du jour : un manchot à jugulaire a décidé de venir voir si l'herbe était plus verte ici...

mardi 16 novembre, 07h10.

 Mardi 16, ou la promesse d'une nouvelle ère. Peut-être vous souvenez-vous de la scène finale de Matrix. Ce matin ressemble furieusement -- sans doute pas dans le paysage gris-bleu qui nous entoure mais dans mon esprit -- à cette atmosphère de renouveau, de lumière sur le point de briller dans notre ciel, si nuageux dernièrement.


Après le faux-départ tragique du 28 octobre, il semble bien que rien ne pourra maintenant empêcher le début réel de la campagne d'été, marqué par l'arrivée d'un avion à midi aujourd'hui, avion en provenance de la base Italienne de Terra Nova Bay et apportant 17 personnes. 17 nouvelles trombines dont Françoise (la remplaçante de Marion), la première hivernante de la 61.

Je me suis levé à 03h45 pour faire l'assistance météo de ce vol. Cela m'a donné l'occasion de penser -- au calme -- à ces derniers jours d'hivernage, pleins de tensions et d'attentes. Après des mois d'une sorte d'hibernation et de retenue, les choses se décantent, les émotions et les passions s'expriment pleinement. Hier soir, Nico nous a fait visionner en avant-première un film d'une trentaine de minutes retraçant son hivernage, et en quelque sorte celui de chacun. Je me suis surpris de ressentir un pincement au cœur en revoyant les lumières hivernales si extraordinaires sur la banquise, les bergs vus lors de nos longues sorties, les nouveaux-nés empereurs. Et puis surtout peut-être, la première scène : le décollage de l'avion à Roissy. Ça m'a directement projeté il y a quasiment un an. Tout neuf, plein d'un immense élan et rempli de la conviction que cet hivernage serait une découverte fondatrice, d'une certaine manière le révélateur de ce que je souhaite vraiment, un "rééquilibrage sur mon véritable centre". A moins de cinq heures de sa fin officielle, je dois bien avouer que j'ai largement sous-estimé l'impact d'un hivernage sur de jeunes gens comme moi. J'ai l'impression d'avoir mûri de plusieurs années et mon esprit est comme libéré de beaucoup de barrières qui me semblaient infranchissables. La vie se montre désormais plastique, plus malléable, encore plus complexe et mystérieuse. Je suis désormais plein d'énergie et de volonté pour découvrir, explorer, embrasser la nouveauté qui se présente à moi et que je provoquerai. Plus que jamais sans doute je me sens plein de reconnaissance pour le simple fait d'être en vie et de pouvoir disposer pleinement de celle-ci, de pouvoir dessiner mon avenir, rêver à tous les possibles.

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16 novembre 2010

Canicule

Photo #1 : mardi 09/11,12h. La mer a gagné jusqu'aux pieds de l'île...

dimanche 14 novembre, 14h.

 +1,2°C ! Le rythme des saisons imprime donc sa marque sur notre pays, jusque là si froid, comme engourdi dans un hiver qui n'en finissait plus. J'ai toujours vu ces alternances de saisons avec une grande joie et je dois bien avouer que cette fois-ci, d'une part c'est pour le moins rapide et intense et d'autre part, l'arrivée du printemps signifie beaucoup quant à mon avenir : dans un peu plus de deux mois maintenant si tout va bien, je serai sur le bateau direction la Tasmanie.

 Évidemment, une température faiblement positive peut faire frémir, mais ici, c'est synonyme de canicule ! Les hivernants, comme les manchots sont en sur-chauffe. Je me suis à plusieurs reprises cette semaine surpris à me plaindre intérieurement de la chaleur ardente du Soleil qui vient taper sur les vêtements notamment jusqu'à les rendre vraiment chauds, presque trop.

 L'autre événement de la semaine, c'est bien sûr le morcellement de notre banquise. L'eau libre est désormais au pied de l'île. Je puis vous dire qu'entendre le clapotis de l'eau lundi après-midi, ça m'a fait bizarre ! Ce sont des plaques de plus d'un mètre d'épaisseur qui se sont rompus et qui ont été transportés sur des kilomètres en direction du large. Elles ont rejoint le pack assez dense qui se trouve à bonne distance de nous, et qui sépare encore l'océan libre et notre polynie en pleine croissance. Les paysages ont donc été bouleversés, les bergs qui nous étaient si familiers bougent désormais rapidement : ils tournent sur eux-mêmes, se déplacent, s'entrechoquent. Les lumières ont largement changé; les reflets du Soleil sur la mer nous rappellent que les vacances sont pour bientôt !

 
Moins de banquise, ça signifie beaucoup plus de balade sur l'île. Ca tombe bien : l'île est désormais peuplée de dizaines de milliers de piafs en tout genre : Adélie, fulmars, océanites, pétrels des neiges etc. C'est un vrai bonheur que de leur rendre une visite quasi-quotidienne. Je commence à avoir mes favoris, au gré des vadrouilles aux quatre coins de l'île : le manchot peureux sous la passerelle à Antavia, le couple de pachas sous le Magasin Général, le couple de petits jeunes devant Chantal...

 
Côté "humains", pas d'évolution cette semaine, qui sera cette fois avec quasi-certitude la dernière de l'hivernage. De nombreux transferts en avion sont prévus la semaine prochaine afin d'acheminer les campagnards d'été et une partie de notre relève. Fin de l'aventure pour bientôt !

 
Plus personnellement, je suis partagé entre une grande fatigue "mentale" dans ce contexte très particulier, augmentée par les demandes nombreuses concernant l'enquête du crash, et l'immense joie d'être encore ici et de pouvoir profiter de ce printemps Adélien, si doux, si calme, après des mois de grande rigueur côté météo.

Photo #2 : mardi 09/11, 19h10. Le ciel est bien lourd au-dessus de la mer si sombre...

Photo #3 : mardi 09/11, 20h40. Le ciel se dégage lentement par l'est, nous offrant de belles lumières, nouvelles.

Photo #4 : jeudi 11/11, 14h20. Le Soleil resplendit sur la Terre Adélie. Les reflets sur la mer et les bergs sont inattendus, et fleurent bon l'été !

Photo #5 : jeudi 11/11, 14h45. Malgré les apparences, ce poussin n'est pas mort. Il tente de se rafraîchir en s'étalant autant qu'il peut sur la neige.

Photo #6 : jeudi 11/11. 15h30. Les bergs qui étaient nos points de départ de balade se reflètent désormais dans l'eau. La mer qui nous entoure est pour le moment une polynie d'environ 100 km de diamètre. Sa surface est ainsi le plus souvent très calme, et fait plus penser à un lac de montagne qu'à l'océan austral !

Photo #7 : jeudi 11/11. 15h50. La mer libre offre de nouvelles possibilités de photos...

Photo #8 : jeudi 11/11. 16h10. Deux pétrels des neiges sont amoureux...

Photo #9 : vendredi 12/11. 13h45. Une nouvelle journée parfaitement ensoleillée.

Photo #10 : vendredi 12/11, 15h. Après huit mois d'hiver, les équipements extérieurs dont ce camion semblent n'émerger qu'à peine de l'épaisse couche de neige accumulée.

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08 novembre 2010

Réponse aux commentaires, accident hélicoptère

lundi 08 novembre, 14h.

Bonjour à tous,

Voici un billet spécialement pour répondre aux nombreux commentaires
qui ont été laissés sur ce blog.

Sachez que j'ai retranscris à mes camarades sur la base les messages
de : RosA, Christian, Marcel Andrieux, Alexandra, Isabelle la maman de
Nico glacio, Françoise et Jacques parents de Marion, Madeleine et
Michel mes parents et d'Odile et Gérard les parents d'Adrien. Merci
également à Marmouille, Gigi, Coryn et Maude pour leur message.
Les nombreux messages de soutien que nous avons reçus depuis une
semaine nous ont vraiment fait chaud au coeur. Je l'ai déjà dit, mais
je pense qu'on ne peut pas se rendre compte de l'importance que peut
prendre ici la moindre attention provenant de l'extérieur, surtout
dans de telles circonstances. Comme l'a dit l'un de nos camarades,
notre affliction est réelle, mais reste dérisoire devant celle de ceux
qui ont perdu un mari, un père, un frère. Nos pensées vont évidemment
vers les familles de nos quatre camarades.
Cela fait maintenant 10 jours que le drame est arrivé et nous
souhaitons aller de l'avant. Certes, nous en parlons encore énormément
entre nous et la tragédie sera à jamais profondément ancrée dans notre
histoire Adélienne.
Merci encore pour vos gentilles attentions !


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03 novembre 2010

envolés...

mercredi 03 novembre, 14h.

  La vie reprend, avec une légèreté certes nécessaire mais tout à fait artificielle. J'ai en moi une grosse boule au ventre et la sensation d'un vide qui m'habite. Nous sommes tous conscients du risque que la vie dans un milieu aussi extrême contient. Une vie qui, fragile, tel un équilibriste, est soumise au gré du vent et peut tomber du fil à n'importe quel moment, si rapidement...


Avec les moyens "locaux", nous nous sommes tous réunis lundi soir au coucher du Soleil pour une cérémonie toute simple; un lâcher de ballon symbolique. Chacun a dessiné, écrit un petit mot ou bien simplement apposé son nom sur l'enveloppe du ballon qui a emporté loin dans les airs les quatre prénoms de nos camarades, qui se sont ainsi envolés dans le Soleil couchant. Peu après le lâcher, un pétrel des neiges -- oiseau d'un blanc immaculé, de la taille d'une colombe -- nous a survolés.

 

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31 octobre 2010

dimanche 31 octobre, 17h15.

 Je ne serai pas long. Je voudrais juste remercier toutes les personnes qui nous ont témoigné leur soutien, si précieux dans ces moments douloureux. Nous pensons sans cesse aux familles de nos quatre camarades polaires que nous nous apprêtions à accueillir.


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28 octobre 2010

Dernière semaine

Photo #1 : Des dizaines de manchots Adélie sont visibles de toutes parts sur la banquise...

lundi 25 octobre 2010, 23h

 Les éléments se liguent pour bien nous faire comprendre que la roue a tourné et que nous sommes sur la toute fin de notre hivernage. Quel spectacle ce matin que de voir l'eau libre de nouveau sur l'horizon ! A moins de 15 kilomètres de la base, la banquise a cédé. Un immense berg dont la vue m'était devenue familière s'est même fait la malle à cette occasion. Il faut dire que les 169 km/h atteints hier ont mis la banquise à rude épreuve.


Ensuite, sortie du 42 et nouvelle surprise de taille : mais quelle chaleur ! Bon, c'était une demi-surprise puisque les -4°C avaient été prévus depuis la veille, mais cette sensation de ne pas avoir le visage qui pique et les doigts rapidement engourdis était stupéfiante.


Après une opération de déneigement de l'abri météo, je suis allé faire un petit tour du côté du toboggan des manchots et c'est une foule que j'ai rejointe ! Sur la banquise, des dizaines de manchots affluent en permanence en direction des îles de l'archipel. En à peine une heure, j'ai pu compter au moins 60 manchots escaladant le toboggan et sans doute deux fois plus qui sont passés sans s'y arrêter... Une véritable invasion !


Ce soir enfin, nous nous sommes réunis pour la dernière fois de l'hivernage pour notre réunion hebdomadaire du lundi, la 35ème... Il est 23 heures maintenant et l'horizon au-dessus du continent est encore éclairé : vision étonnante, un peu extrême.


Côté logistique, le bateau est bien reparti de l'archipel de Macquarie, il file maintenant droit vers nous.

Photo #2 : 10 manchots à l'assaut de la terrible pente du toboggan des manchots. Etant parmi les premiers à s'y essayer, la trace n'est pas encore bien marquée et la progression est difficile ! Heureusement, tous arriveront ont sommet...

Photo #3 : 5 manchots sont lancés à pleine allure direction l'île.

Photo #4 : Le roi de ces derniers jours, le maître incontesté des lieux.

Photo #5 : Un berg situé à moins de 15 kilomètres de l'île a les pieds dans l'eau. Notre chère banquise a lourdement fait les frais du coup de vent d'hier...

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25 octobre 2010

Le sablier est retourné

Photo #1 : D10. Vue en direction de l'Est et le Cap Bienvenue.


samedi 23 octobre 2010, 14h30.

Le bateau est en route ! Parti comme prévu jeudi à 17h, il a franchi le 50ème sud vers 10h ce matin. Il fait route vers les îles Macquaries (Australie) -- qu'il devrait atteindre demain dans l'après-midi -- pour déposer le personnel Australien sur la petite base qui y est implantée. Ensuite, il filera droit vers nous. Etonnant d'imaginer que ça y est : des gens sont en route pour nous tenir compagnie, après tant de semaines d'isolement complet. Tout ceci est encore évidemment bien virtuel...

En attendant, les Adélie continuent leur colonisation à vitesse grand V de l'île. Ils étaient au moins 20 avant-hier. Il est maintenant fréquent, en levant la tête, de voir un oiseau planer dans notre ciel -- fulmar, pétrel Antarctique, damier du Cap.

Hier, nous avons réalisé la dernière des grandes balades attendues de l'année : atteindre la piste d'aviation de D10, à 300 mètres d'altitude. Une bonne sortie d'environ 20 kilomètres, qui nous a plongé dans un univers fascinant, celui du continent -- plus blanc que blanc. Toujours étonnant de ne voir que du blanc à des kilomètres à la ronde. Pas un relief, pas une nuance. Rien. En se retournant, côté océan, c'est au contraire une vue à couper le souffle qui s'offre au visiteur : sur environ 60 kilomètres s'étale sous nos yeux ébahis tout l'univers dans lequel nous avons évolué depuis un an : toute la baie, depuis la pointe Ebba jusqu'au glacier de l'Astrolabe, ainsi que l'envers du glacier : la baie Piner et Cap Bienvenue. Une balade plusieurs fois repoussée cet hiver car les conditions météorologiques doivent être optimales : pas trop de vent sur la banquise, pas trop de vent non plus sur le continent, et ça c'est pas très courant.

Cette balade faite, nous avons maintenant complété l'ensemble des lieux que nous tenions à découvrir, à une semaine de la fin de l'hivernage. Un bon calcul donc, aidé en cela pour une qualité de banquise tout à fait exceptionnelle depuis plus d'un mois : 230 kilomètres parcourus en 5 semaines au sein du périmètre autorisé -- grosso modo un cercle de 8 kilomètres de rayon autour de la base.

Pour revenir sur l'arrivée du bateau, les avis sont évidemment très partagés. Certains trépignent, d'autres sont plus hésitants. J'accueille pour ma part favorablement cette suite logique, qui intervient en temps et en heure, comme prévu. Ça n'est en rien incompatible avec le fait que j'ai pleinement profité de quasiment chaque jour de cet hivernage, que je jouis encore largement de ces derniers jours si particuliers. Si j'en ai tant profité, c'est parce que la fin de cette période était programmée; c'est pour bientôt. Place maintenant à une autre phase de notre séjour Adélien et aux joies qui vont sans nul doute venir avec !


PS : j'ai choisi pour objet principal de mon titre un sablier, cher à mon cœur. Celui auquel je pense est celui qui me fascinait tant quand j'étais plus jeune et que j'ai retourné sans doute cent fois, lors de nos visites chez mes grands parents maternels.

Photo #2 : D10. Vue sur l'archipel de Fram.

Photo #3 : D10. Vue plein sud direction le coeur du continent.

Photo #4 : D10. Bergs au loin. Le premier (pointu) est à environ 10 kilomètres. Celui dans le fond est à très grande distance. On pourra noter la glace présente en toute direction. L'Astrolabe devrait avoir du mal à se frayer un chemin à travers cette banquise si étendue...

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Photo #5 : D10. Zoom sur Cap Bienvenue, à plus de 30 kilomètres de D10. Au premier plan (pas très bien visible) s'étend le glacier. Entre ce dernier et le Cap, une banquise bien uniforme : la baie Piner.

Photo #6 : La route magique. Telle la route entre Marseille et Cassis, ou celle reliant Port Vendres à Cerbère, elle relie la base de Cap Prud'homme à la piste de D10, plusieurs kilomètres dominant la mer...

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23 octobre 2010

Changement de saison

Photo #1 : samedi 09 octobre. Coucher de Soleil par 80 km/h de vent.

mercredi 20 octobre 2010, 15h.

 
Les dernières journées ont eu un sacré goût de transition : plus vraiment l'hivernage, pas encore la campagne d'été... Le ciel ne trompe pas : le Soleil darde 14 heures durant de ses rayons de plus en plus droits notre île. L'impression certains jours peu ventés est réellement estivale; les paysages retrouvent tout doucement l'aspect qu'ils avaient quand je les ai découvert, il y a plus de 10 mois. C'en est déjà terminé des nuits bien noires : à 23 heures, l'horizon sud est encore lumineux. Finies donc les longues veilles aurores; qui ont animé nos nuits hivernales et illuminé nos mémoires de tant de souvenirs merveilleux.

Toute la base est maintenant tournée vers l'arrivée de nos camarades -- des campagnards d'été en immense majorité mais également Sophie la première représentante d'une espèce appelée à devenir progressivement dominante sur la base : la TA61. En effet, le bateau est prévu pour partir d'Hobart demain jeudi en début d'après-midi. Fou non ? Je me suis surpris ce midi à sentir un parfum de pomelos dans le dortoir : évidemment impossible. C'est néanmoins le signe que j'attend inconsciemment avec impatience l'arrivée de toutes ces vitamines, encore pour le moment stockées sur le bateau !

Autre signe du changement d'époque : la semaine passée, nous avons eu l'occasion d'observer les premiers individus de quasiment toutes les espèces reproductrices sur l'île : pétrel des neiges, damier du Cap, fulmars Antarctiques après les skuas dimanche 10. Ceux qui me connaissent imaginent bien que je m'en suis donné à coeur joie à parcourir l'île en tous sens afin de tenter d'apercevoir les tout premiers, mais Marion et Nico avaient été plus rapides que moi... Heureusement, l'espèce que tout le monde attendait nous a surpris lundi après-midi à la manchotière. Lors d'une manip' ornitho, Marion et moi avons à notre plus grand étonnement été approchés à une cinquantaine de mètres par deux manchots si petits, si gauches sur la banquise. Ni une ni deux, je dégaine mes jumelles pour lever tout doute. Et oui, vous l'avez deviné : les deux premiers Adélie !  Ce fut une grande joie pour moi que de revoir ces piafs qui font réellement partie intégrante de la vie estivale de la base.

Cet après-midi, un simple coup d'œil au jumelles révélait 8 Adélie sur la banquise. Nous avons par ailleurs pu observer les 2ème et 3ème Adélie à grimper le mythique toboggan des manchots, qui est sans doute mon endroit favori sur l'île. Et dire que d'ici 15 jours, ils seront plus de 20 000 à piailler dans tous les recoins de l'île !

Pour finir le panorama faunistique, j'ai fait partie dimanche dernier de la grande équipe composée de 16 hivernants participant à une grande opération de comptage des phoques présents dans un rayon de 7-8 km autour de la base. Résultat : quelques ampoules aux pieds pour beaucoup (dont moi), 301 phoques de Weddell et 20 phoques crabiers ! Un total assez impressionnant, qui confirme la bonne tenue des populations pinnipèdes en Terre Adélie.

Côté personnel, alors que tout semble s'emballer, je réfléchis désormais beaucoup à mon avenir, à ce que je compte faire à mon retour après cette époque Adélienne si lumineuse. Comme je le souhaitais il y a maintenant quasiment 2 ans, tout un univers de possibles s'ouvre à moi. Sensation à la fois délicieuse et un peu inquiétante... 

Photo #2 : jeudi 09 octobre. La neige soulevée par le vent sur le continent déboule sur la banquise à pleine vitesse.

Photo #3 : dimanche 10 octobre. Visite à la manchotière.

Photo #4 : vendredi 15 octobre. Le vent modèle la couche de neige sur la banquise...

Photo #5 : vendredi 15 octobre. Un grand classique, que je n'oublierai jamais. Cent fois vu mais toujours aussi magique. Le catabatique (environ 90 km/h au moment de la photo) monte tranquillement en puissance et souligne chaque détail du paysage. Au premier plan, les îles de l'archipel. Dans le fond, la pente du continent qui s'embrase au coucher du Soleil. Partout, la neige soulevée vole à une vitesse folle.

Photo #6 : dimanche 17 octobre. L'un de mes bergs préférés, à proximité de l'archipel des Damiers. Il arbore des formes très différentes et des couleurs de plus en plus franches. Quasiment tout blanc la première fois que nous l'avons vu en juillet, il est désormais teinté de bleu et de vert.

Photo #7 : dimanche 17 octobre. Détail du berg.

Photo bonus : mardi 19 octobre. Photo souvenir du premier Adélie vu sur l'île, devant le séjour.

 

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13 octobre 2010

Et le bloom fut...

Photo #1 : 30 septembre. La petite merveille "Dumbo" voit le jour à quelques centaines de mètres de la base, pour le plus grand plaisir des hivernants !


lundi 11 octobre 2010, 15h30.

 Ouh là ! Déjà deux semaines sans billet. Le temps passe effectivement bien vite en fin d'hivernage et les journées sont largement occupées !


Le grand événement du moment sont les prémisses du "bloom" Antarctique, qui voit la vie reprendre possession de ces terres si désolées 8 à 9 mois par an. Le 30, nous avons ainsi observé notre premier bébé phoque, qui a eu la bonne idée de venir naître à moins d'un kilomètre de la base. Depuis, une trentaine de jeunes ont vu le jour et ce n'est qu'un début ! Ainsi, nos balades sont agrémentées par, voire totalement dédiées à, ces naissances qui sont autant d'occasions de s'émerveiller. J'ai même eu le privilège la semaine passée de pouvoir assister Marie notre écologue pour l'un de ses manip' de transpondage des bébés. Hier, les premiers labbes (skuas) ont été revus. Vous imaginez bien que je commence à passer à nouveau du temps jumelles au cou à arpenter les zones favorites de nos amis ailés pour découvrir les pionniers pétrels des neiges, damiers du Cap etc. !


Côté météo, nous avons essuyé une grosse tempête le 06, avec 161 km/h en rafale, du jamais vu depuis juin dernier. La banquise a heureusement tenu le coup et nous pouvons ainsi toujours faire de bonnes balades au cours de journées qui commencent à devenir interminables. Hier soir, pour l'anniversaire de Benjamin notre mépré, le ciel était encore lumineux lors de l'arrivée du gâteau, vers 20h. Un signe de plus que nous allons bientôt nous faire inonder de lumière...


D'un point de vue personnel, ça fait 10 mois exactement aujourd'hui que j'ai débarqué sur notre petit caillou; il me reste encore 3 mois et demi à y vivre. Les premiers passagers de l'Astrolabe sont déjà partis de Paris direction Hobart : un immense vent de nouveauté est sur le point d'envahir DDU. Je crois que ça va faire un choc au début, mais tellement sain. J'attends pour ma part avec impatience -- non pas la perte du calme qui règne sur la base et qui me sied tant mais -- les fruits et légumes frais, un an de musique à rattraper, et surtout de nouvelles conversations, avec des personnes que je ne connais pas. Habitué ces dernières années à un certain brassage culturel, social, intellectuel autour de moi, j'accueillerai je pense toute cette nouveauté avec plaisir, et moins de nostalgie que je n'imaginais il y a encore quelques semaines.

Photo #2 : 30 septembre. Notre base sous le Soleil implacable Adélien. Si si, c'était encore difficile à imaginer il y a quelques semaines, mais je puis vous dire que le Soleil tape terriblement !

Photo #3: 30 septembre. Vue originale du Taureau, comme prise en sandwich entre les bergs, pourtant distants de plusieurs kilomètres.

Photo #4 : 05 octobre, 22h50. Capture d'une vidéo réalisée derrière la vitre du bâtiment de la météo. A gauche, la lumière terne de l'entrée de géophy, à droite les deux spots du séjour. Entre, la tourmente la plus violente : une multitude de granules de neige et de glace propulsées à environ 140 km/h...

 

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27 septembre 2010

Revirement de situation

Photo #1 : mardi 21/09. Balade à Cap Odile. A cet endroit, le continent avance relativement doucement en direction du large. Le vent et l'érosion de la neige créent des formes très étonnantes.


lundi 27 septembre 2010, 16h.

 Le temps est en train de changer, à une allure aussi folle que le reste de ce qui se passe ici. Depuis 10 jours, nous bénéficions d'une série de journées très ensoleillées, ce qui nous permet de largement profiter de nos 12 heures de Soleil. Avec toute cette énergie reçue, les températures ont du mal à descendre comme elles le faisaient encore récemment. En l'espace d'une seule journée, le 23, jour de l'équinoxe, nous avons gagné 10 degrés, que nous n'avons pas reperdus. Il fait désormais entre -18 et -12°C, rien à voir avec le congélo des semaines passées. D'autant plus qu'avec le Soleil qui nous chauffe directement, c'est un peu l'été certains jours ! La neige fond en quelques endroits en journée pour regeler la nuit, ce qui nous incite à redoubler d'attention sur certaines congères. C'est également le cas dans certains bâtiments non chauffés tels l'abri de gonflage, dont la porte s'est retrouvée hier après-midi littéralement soudée au sol par une bonne couche de glace. Burin, coups de bélier dans la porte : rien à faire pour l'ouvrir. J'ai du utiliser la manière forte -- le décapeur thermique -- afin de faire disparaître cette fichue couche de glace. Ah les joies de l'Antarctique !


Côté animaux, ça bouge pas mal ! Les poussins continuent à pousser à vitesse grand V. Les phoques sont de plus en plus nombreux (au moins une vingtaine aux abords de l'archipel) et les premiers bébés devraient être vus d'ici quelques jours à peine ! Voici le grand jeu de cette fin d'hivernage : c'est à qui verra le premier bébé phoque, à qui verra le premier pétrel des neiges !


Dans un mois, l'hivernage sera terminé et le souffle d'un certain renouveau commence déjà à se faire sentir. A titre personnel, je balance entre l'envie de condenser en 30 jours tout ce que je comptais faire d'ici là, et de l'autre, tenter de profiter tranquillement du calme et de la sérénité du lieu. Les longues et belles journées sont propices à la multiplication des activités, notamment les longues balades vers de nouveaux horizons. Lundi dernier, nous sommes allés faire une excursion dans l'archipel Fram, encore inconnu pour moi. Le lendemain nous nous rendions aux caps Géodésie et Odile. J'ai retrouvé avec plaisir ce dernier, qui fut il y a plus de 9 mois maintenant le lieu de ma première balade sur la banquise, avec deux camarades de la 59 ! Éloignés de plusieurs kilomètres de la base, ces lieux s'atteignent après une longue marche dans des paysages vierges de tout berg, de toute fantaisie : que du plat et du blanc. Beaucoup rechignent à un si long effort dans un environnement si uniforme. Pour ma part, j'apprécie la magie de ce paysage unique au monde. Ce n'est pas souvent dans ma vie que je pourrai me retrouver sur une banquise aussi solide, aussi lisse, aussi vide !


Je confirme complètement ce qu'a dit Nico dans un de ses billets : il est très fréquent de voir un hivernant "bloquer" plus ou moins soudainement devant le paysage, en balade évidemment mais aussi simplement sur la base, en allant prendre le petit-déjeuner, en allant travailler... Je prend moi aussi souvent quelques secondes pour poser mon regard sur toute cette beauté, cette majesté qui nous entourent. Nous nous sommes mine de rien habitués à un tel paysage et je dois faire un petit effort pour me détacher de mes réflexes de local (certes très temporaire) afin de bien réaliser, savourer.

Photo #2 : mardi 21/09. Cap Odile. Très réputé pour la couleur des énormes blocs de glace qui se déversent dans la mer, c'est un objectif classique de balade, très agréable !

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Photo #3 : mardi 21/09. Retour de Cap Géodésie. Voici le paysage qui "défile" sous nos yeux tout au long des 7 kilomètres. Majestueux à n'en pas douter, monotone peut-être, ennuyeux vraiment pas !

Photo #4 : mardi 21/09. Seuls, à des kilomètres à la ronde.

Photo #5 : mercredi 22/09. Une scène désormais classique : l'un des deux parents quitte la manchotière afin de se nourrir. Le poussin ne peut résister à l'envie de le suivre. S'ensuit le plus souvent une tentative de persuasion de la part du parent pour que le poussin rejoigne seul ses camarades. Parfois, le parent est obligé de faire demi-tour pour ramener lui-même le poussin en sécurité !

Photo #6 : mercredi 22/09. Coucher de Soleil, une nouvelle fois renversant. La fin de la dernière journée de moins de 12 heures !

Photo #7 : mercredi 22/09. Même après des mois on ne s'en lasse pas...

Photo #8: mercredi 22/09. Fin du coucher de Soleil. Il est bientôt l'heure d'aller à la radio pour la quotidienne de skuarock. Bientôt, nous dînerons à la lumière du jour !

Photo #9 : jeudi 23/09. Après le coup de vent de la nuit, les poussins sont recouverts de neige. Pour se protéger, ils sont regroupés sur un berg. En arrière plan, le mont Cervin.

Photo #10/12 : mercredi 23/09. Vision surréaliste : dans le vent et la neige soulevée, un poussin, seul.

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Photo #11 : mardi 24/09. La manchotière est désormais scindée en plusieurs groupes et le passage de l'un à l'autre est un vrai défi pour les poussins, menacés par le froid, le vent et les pétrels géants. Deux tactiques : suivre un adulte ou bien tenter la traversée en groupe.

Photo #12 : dimanche 26/09. Coucher de Soleil sur le continent, avec en premier plan l'île Le Mauguen.

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19 septembre 2010

Eternal sunshine of a spotless mind

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Photo #1 : 10/09. Tempête de neige sur DDU. Les congères atteignent des niveaux encore jamais observés cet hiver. Celle sur le chemin entre le dortoir et le séjour ne déroge pas à la règle.


dimanche 19 septembre 2010, 22h40.

  Un changement d'époque, d'état d'esprit se fait sentir sur la base. Nous voici désormais dans la période dont j'avais tant entendu parler : celle où les balades se font longues et lointaines, celle où la peau commence à haler après les plus belles journées passées dehors, celle où l'on se dit que le pari est en passe d'être réussi : on a bel et bien tenu le coup durant ces longs mois d'hiver, sans trop d'encombre, et le printemps est maintenant sur le point de s'installer...


Côté météo pourtant, l'hiver traîne encore avec un mois de septembre exceptionnellement froid -- pour le moment plus froid encore que juillet, c'est dire ! -- avec notamment une valeur remarquable : -34,1°C observée le 07, ce qui place notre mois de septembre sur le podium des températures minimales depuis 1956 ! Ce mois est définitivement celui des performances météo, puisque quelques jours plus tard, nous avons essuyé une tempête elle aussi record, avec une pression réduite au niveau de la mer égale à 942,7hPa (!!), soit la 7ème pression la plus basse jamais observée à DDU et un nouveau record mensuel ! Il n'y a que le vent qui est pour le moment largement à la traîne : seulement 130 km/h à l'occasion de cette fameuse perturbation.


Depuis une petite semaine, nous avons droit à un temps continental qui me sied bien : beaucoup de Soleil, parfois accompagné du désormais célèbre vent catabatique dévalant les pentes glacées qui nous surplombent. Entre deux coups de vent, nous pouvons largement profiter du Soleil qui nous fait ressentir les -20°C quotidiens d'une toute autre manière qu'en juin-juillet ! Comme je le disais en préambule, on peut désormais largement s'adonner aux joies de la randonnée sur la banquise et ma tenue favorite est désormais un simple T-shirt sous ma combinaison, alors que je ne sortais jamais jusqu'à récemment sans deux couches supplémentaires : ma polaire et une veste bien épaisse. Ainsi donc, quand le vent et le travail le permettent, on se retrouve régulièrement à 4 ou 5 pour partir explorer notre si beau pays. Nous révisons nos classiques, avec des balades à faible distance désormais bien connues, ou bien nous partons hardiment à la découverte de nouvelles îles situées entre 5 et 7 km de la base, avec leur lot de bergs superbes entre elles. Parcourir ces lieux "lointains" et nouveaux procure la sensation délicieuse d'être un peu libre, d'échapper à la base et à notre quotidien, certes le temps de quelques heures...   


L'autre actualité du coin est la croissance toujours aussi spectaculaire de nos camarades poussins Empereurs. Ils sont désormais tous émancipés thermiquement et vagabondent dans la manchotière, souvent en poussant leur cri à l'adresse de ses parents. Ces derniers font des voyages alimentaires incessants : il y a foule sur la banquise, dans un sens comme dans l'autre. Souvent, au moins 40 ou 50 manchots sont visibles aux jumelles dans un rayon de quelques kilomètres en direction du large. Toujours côté piafs, deux pétrels Antarctiques ont été aperçus il y a quelques jours : un petit événement; ça faisait en effet plus de deux mois que nous étions limités à la présence de seulement trois espèces animales ! D'ici 3 semaines, l'invasion estivale devrait avoir démarrer avec l'arrivée des premiers reproducteurs, déjà !


La rentrée en France ne semble pas très folichonne à la lecture qui m'en est faite par mes proches restés en métropole. Nous en sommes très éloignés, d'autant plus que le flux d'information est réduit à presque rien : quelques dépêches AFP, parfois le 20 minutes édition "grand Paris". Difficile de jouer son rôle de citoyen informé dans nos contrées... Rattraper un an et demi d'événements devrait faire bizarre. Je me dis parfois qu'il ne me sera pas si facile de me départir de tout ce qui est devenu évident ici et qui ne l'est qu'ici. Concernant ce genre de choses, possible que je revienne assez éloigné de ce que j'étais avant de partir...

Bon courage donc en métropole. Pour notre part, notre grand voyage en pleine nature et dans une certaine idée de l'esthétisme continue pour encore quelques semaines !

Photo #2 : 11/09 : 942,7 hPa ! Le baromètre de notre musée n'en revient pas : il est prévu pour ne pas descendre sous 948 hPa !

Photo #3 : 14/09. Les poussins grandissent à allure grand V !

Photo #4 : 14/09. Des crèches se sont rapidement formées dès l'émancipation des poussins. Leurs interactions sont tellement craquantes...

Photo #5 : 14/09. Le vent catabatique souffle du côté de la pointe Ebba.

Photo #6 : 14/09. Un moment magique de plus : coucher de Soleil dans la tourmente catabatique. Le continent et la banquise fument.

Photo #7 : 14/09. La neige est partout autour de nous. L'imagination du vent qui la sculpte est sans limite...

Photo #8 : 14/09. Bourrasque soudaine qui soulève la neige sur la banquise.

Photo #9 :  14/09. Vue sur l'archipel au couchant.

Photo #10 : 14/09, 18h15. Le continent s'embrase.

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Photo #11: 16/09. Dure vie que celle d'un manchot Empereur...

Photo #12 : 16/09. Après un bel épisode de vent catabatique, le calme revient sur DDU. Au large, des stratocumulus se forment au-dessus d'une zone d'eau libre.

Photo #13 : 16/09. Nouvelles bourrasques catabatiques dans notre environnement si pur, si léger...

Posté par unefenetreouvert à 23:05 - Commentaires [0]